L'interview du mois X Brainstorming


Ce mois-ci, nous avons rencontré Monssef, du groupe BRAINSTORMING. On a re-découvert ces cinq énergumènes lors du tremplin La Culotte s’Honore, cet été à la Moba, où ils se sont livrés à une sorte de transe Funky-Rock'nRap. Sur scène, Brainstorming mêle les genres et crée une véritable tempête musicale. Un show qui nous laisse juste assez d'imagination pour concevoir ce qu'il adviendrait d'une rencontre entre l'ex de Zach de la Rocha et le cousin de James Brown.


Peux-tu rapidement présenter Brainstorming ?


Brainstorming c’est un collectif de potes, avant tout, qui s’amusaient à faire de la musique ensemble et qui ont décidé de monter un groupe, pour avoir une structure, un projet concret. A la base le groupe c’était juste pour du délire, on faisait des concerts pour les potes, on jouait dans le garage de la grand-mère du guitariste... Comme d’hab hein, ça commence souvent comme ça ! C’est pour un tremplin qu’on s’est dit qu’on allait monter le groupe enfaite, d’ailleurs ça a été galère de trouver un nom, on a trouvé le nom Brainstorming parce qu’on cherchait et ça nous prenait la tête.. Et enfaite Brainstorming ça nous correspond bien. Du coup on s’est dit qu’on allait monter le groupe pour tenter notre chance sur un tremplin, c’était le tremplin de l’ACFA à Victoire 2, la première édition, et on a gagné...



C’était votre première scène ? C’est ce qui a permis de “lancer le groupe” ?


C’était notre première scène oui, en plus c’était marrant parce qu'à la base on n'avait pas été sélectionné pour la pré-sélection sur écoute, on avait envoyé une maquette faite à la va-vite à la maison avec les moyens du bord, on avait pris un zoom pour les parties instrumentales et ensuite j’ai repris les pistes et j’ai mis la voix comme ça, chez moi avec mon mic.. On a envoyé la maquette le dernier jour, à minuit pile les candidatures étaient closes, et genre j’ai fini mes petits réglages il était 23h30 ! On l’a envoyé, on est arrivé 4ème et ils en prenaient que 3... Du coup, on s’est dit mince c’est peut-être à cause de notre maquette (rire), et en fait il y a un groupe qui s’est désisté et là, il y a eu une place pour nous ! On a gagné le tremplin, on a eu l’opportunité d’enregistrer un morceau, on s’est dit “allé, on va essayer de surfer sur la vague” … Et derrière on a eu quelques propositions, on a pu aller un peu partout dans Montpellier, on a rencontré du monde qui avaient bien kiffé le set...

C’est à partir de là qu’on s’est dit bon, on est un vrai groupe. On a eu un peu de chance, on n'a jamais vraiment cherché de dates, tout se faisait spontanément. On a commencé à faire quelques dates comme ça, on y a pris goût et on n’avait pas forcément envie d’aller en studio, donc petit à petit on a commencé à faire beaucoup de dates. Il y a deux ans on faisait une quarantaine de dates dans l’année. C’est arrivé comme ça, et on s’est fait plein de potes, de connaissances.



40 dates c’est énorme pour une première année !


Ouais c’est un joli rythme, et même nous, on s’est retrouvé débordés, on s’est dit mince on est un tout jeune groupe et là il y a tout qui s’enchaîne... Mais bon c’était cool, on s’est inscrit sur un autre tremplin l’année d’après, le Labo à Montpellier, et on a été lauréat. Et pareil, on a eu plein d’opportunités, comme la fête de la musique à la Comédie, c’était mortel.



Vous aviez eu d’autres groupes avant ou c’est une première expérience pour vous ?


En fait on a beaucoup joué ensemble avant, après on s’est séparé, chacun avait son petit groupe de son côté, puis on s’est reformé.. On avait l’habitude de jouer ensemble et le nom Brainstorming commençait un peu à tourner, alors on s’est dit que c’était bête de recommencer un truc ailleurs en partant de zéro.



Les membres du groupe ont changé / le groupe a évolué depuis ses débuts ?


Ben comme je te dis on jouait beaucoup ensemble avant, puis on a joué avec d’autres membres, parmi les membres actuels il y avait juste le guitariste et moi, j’étais au chant et à la guitare d’ailleurs. Et puis je me suis dit bon moi je vais arrêter la gratte, comme ça on laisse la place à nos anciens potes, et du coup le bassiste et le batteur ont quittés leurs groupes et nous ont rejoint, puis est arrivé le deuxième guitariste. On est cinq maintenant.



C’est ça qui donne toutes ces influences et styles mélangés quand on vous écoute ? Ou c’est juste la volonté de foutre un gros bordel ?


Un peu des deux (rire) ! Ben ouais c’est le délire “Brainstorming”, c’est un mélange de plein de choses, du rock, du funk, du rap... Il y a le batteur, c’est un pur jazzeux, il toujours été dans des groupes de jazz. Après il y a un de mes gratteux, c’est un fan de rock psychédélique, donc lui c’est les floyds, les années 70... les lignes planantes et tout ça, il faut en foutre partout, il faut avoir des petits gimmicks, des trucs bizarres... Le bassiste lui il vient du conservatoire, donc lui c’est le classique. D’ailleurs on switch sur scène, des fois il prend la gratte, parce qu’au départ il était guitariste et du coup il est un peu frustré donc on le laisse jouer un peu ! Et l’autre guitariste, celui avec lequel j’ai fondé le groupe à la base, il vient du métal, c’est un vrai métalleux qui joue gras et qui balance des solos comme ça... Des fois ça dérape en répet’ on joue que du métal pendant des heures et puis, bah... on bousille notre répet’ (rire) .



Et toi dans tout ça, à quel genre que rattacherais-tu Brainstorming ?


Ah c’est compliqué... Même quand on joue du funk, les gars ils ont un jeu à eux, ça groove pas comme du funk, ça groove comme du rock quoi. Nous on joue hyper rock, et on garde des petites touches et des petites influences de plein de choses, un peu pour nous démarquer... Après dans ce délire là il y a plein de groupe, ça fait pas Red Hot non plus : genre une bonne basse bien funky, avec une rythmique qui est rock, bah nous on voulait pas rentrer dans ce genre de délire là, ça ne nous correspond pas... Mais pour garder le côté rap engagé, il nous fallait une belle structure rock quoi.



Tu te considères comme rappeur ou chanteur au sein du groupe ?


Ben... à force les deux. Après je garde l’âme du rappeur parce que je l’ai toujours été. Mais dans Brainstorming on tient à garder un truc hyper rock / rap, il y a des moments où je vais chanter sur des refrains presque métal, et après ça repart sur des couplets rappés.

C’est bête parce que des groupes comme Rage Against The Machine, Linkin Park, Limp Bizkit, qui faisaient ce genre-là, une fusion rock / rap, ça s’est perdu. Moi ça me choque. Heureusement on arrive à avoir des trucs comme Prophet of Rage, mais ça reste toujours des Tom Morello et compagnie, ça reste le même noyau. Il y a plus trop de groupes qui vont sur ce front-là, actuellement on est plus sur une tendance “pépère”... Par exemple des groupes comme RATM il n’y en a plus trop, alors que la plupart des gens à qui tu dis RATM ils sont comme des fous, ça fait longtemps qu’on n’a pas entendu un truc comme ça. C’est là où je me suis dit : mais en fait c’est une bonne vague. Ouais, c’est une bonne vague à surfer !

Alors qu’aujourd’hui, pour ma partie en tout cas (le rap), on a des rappeurs qui ont oublié tout ça. On veut garder un côté “tendance”, un côté “chill”... Mais le côté rock du truc, ça fait peur aux rappeurs. Du coup, on s’est dit qu’on n'allait pas faire comme les autres.



Tu regrettes le rap d’avant ?


Moi je pense qu’il y a plein de choses qui ont été faites et qui n’ont pas forcément été exploitées. On est toujours à la recherche de la nouveauté, de réinventer les genres, mais y a plus besoin d’être original en cherchant la nouveauté... On peut être original en se basant sur ce qui a été fait et en l’adaptant à notre sauce. On voit bien que ces derniers temps le rap explose, mais il faut pas oublier que les premiers raps qui ont été commercialisés c’était du rock ! Def Jam c’était du rock, Run DMC c’était du rock... Leur producteur c’était Rick Rubin, c’était Aerosmith... Et la philosophie, c’était très rock ! Même Run DMC disait “je suis le king du rock”.



C’est vous qui composez ?


Oui tout à fait, on compose, moi j’écris, puis on peaufine ensemble. On supporte pas les reprises (rires)… si l’artiste il l’a fait comme ça c’est que c’est bien pour lui, mais voilà on va pas copier-coller le taff d’un autre. On aime bien s’influencer, avoir un bon p’tit genre : on nous dit “eh ce morceau-là il fait trop Rage Against the Machine “, et grave, nous on est flatté, parce que c’est pas du Rage, j’suis pas Zack.



Tu écris des textes “engagés” ?


Ouais, dans Brainstorming on a des morceaux assez engagés, et ça va avec la philosophie du groupe... On a des morceaux comme “you should get up to fight” où on parle des droits, de la misère dans le monde... Ou “fight the power”, c’est explicite. Et nous on est une bande de pote, donc on se rejoint un peu sur les mêmes idées, et on a envie de les défendre.



Comment vous composez ?


Oh c’est assez simple en gros, on est tous musiciens un peu touche-à-tout, on jam souvent ensemble et quand on sent qu’il y a un truc qui sonne on garde le riff. On fait notre répet’, on enregistre tout au zoom, et après la répet’ on boit des binouzes en écoutant et on trie.



Simple et efficace, j’imagine que sans s'enregistrer il doit y avoir plein de bonnes choses qui passent à la trappe quand tu jam...


Ouais grave, il y a des trucs que tu fais et que tu captes pas sur le moment. Et même si tu retiens que c’était cool, quand tu essaie de le refaire c’est pas la même chose, tu te rappelles plus des accords, ça n’a plus rien à voir. Il y a une énergie du moment qui fait que ça envoie du pâté, et c’est bien d’en garder la trace.



Justement tu parles de jam, j’ai vu que vous organisiez des jams à Sommières ?


Ouais, la dernière c’était lundi dernier. En fait on organise des jams sauvages, on s’attire des problèmes (rires) ! En même temps plus c’est sauvage plus c’est excitant. On balance l’info sur facebook, on ramène le matos, on se pose dans un coin de la ville... C’est marrant parce qu’on faisait ça les lundis, et à cette période la ville était animée avec les Estivales, du coup on se retrouvait avec plein de touristes qui ne comprenaient pas ce qu’on faisait là, en plus de tous les potes venus pour la jam, il y avait des meutes de personnes qui étaient là par hasard... Nous, on s’éclatait, on se branchait sur des prises municipales et hop !



Vous avez l’air de faire plein de choses à Sommières. Vous vous sentez proches de votre public Sommièrois ?


Ouais c’est assez vrai. En fait on est tous de là-bas et on est bien attachés à notre petite ville, on connaît beaucoup de monde et les gens nous ouvre facilement la porte... Et nous on a besoin de jouer, de répéter, et c’est là qu’on fait le plus de choses. L’idée pour nous c’est de jouer le plus souvent, peu importe le contexte.



Vous avez commencé à enregistrer votre premier EP si je me trompes pas?


Oui on a commencé l’année dernière, on a enregistré quelques morceaux. Après ça avait une dimension hyper funky, et nous on souhaite aller sur un truc plus rock. Du coup on avait tout enregistré, cinq morceaux, mais bon avec le temps ça nous plaît plus trop... Dernièrement on a enregistré un autre morceau qui est beaucoup plus rock / rap, et là il y a une patate qui est différente et plus intéressante !